
Il y a des gens qui traversent la France pour un mariage, un concert ou des vacances.
Et puis il y a Lita.
Lita, elle, est venue de Paris jusqu’à Montélimar pour se faire tatouer un Iron Man bobble head.
Oui. Un Iron Man bobble head.
Pas une manchette complète. Pas un dos entier. Pas une fresque représentant l’intégralité du catalogue Marvel depuis 1939.
Un flash que j’avais dessiné et qui lui avait tapé dans l’œil.
Franchement, quand quelqu’un est prêt à faire autant de kilomètres pour un de tes dessins, ça fait plaisir.
Et puis, en découvrant un peu son univers, j’ai rapidement compris que ce déplacement n’était pas complètement incohérent.
Disons simplement qu’on partage quelques références.
Lita. Geek, tatouée, et apparemment assez occupée.
Lita adore la pop culture.
Les super-héros, les mangas, les films, les personnages qu’on reconnaît immédiatement et ceux pour lesquels il faut avoir passé quelques centaines d’heures devant un écran pour comprendre la référence.

Bref, le genre de personne avec qui tu peux probablement discuter d’un film pendant une heure avant de réaliser que tu n’as toujours pas abordé le sujet initial.
Elle est aussi très tatouée.
Mais attention, je ne vais pas m’attribuer les mérites de mes petits camarades : le seul tatouage que je lui ai réalisé, c’est cet Iron Man.
Et ça me va très bien.
J’aime les gens qui construisent leur univers au fil de leurs envies, sans forcément chercher à tout faire rentrer dans une grande théorie artistique.
Un personnage de manga ici, une référence à un film là, un super-héros quelque part…
On peut aimer plein de choses différentes sans avoir besoin de rédiger une dissertation pour expliquer pourquoi.
Et franchement, quand on aime la pop culture, ce ne sont pas les idées qui manquent.
Elijah Wood, Jack Black… Elle a un carnet d’adresses assez particulier.
En découvrant ses photos, je suis tombé sur quelques petites surprises.
Par exemple, une photo avec Elijah Wood.

Oui, Frodon Sacquet.
Le type qui a traversé la Terre du Milieu avec un anneau à détruire.
Bon, lui, il avait un objectif un peu plus compliqué que venir se faire tatouer à Montélimar.
Mais dans les deux cas, il y a du déplacement, une histoire d’objet précieux et un personnage qui finit marqué à vie.
Je reconnais que la comparaison est un peu tirée par les cheveux.
Mais ça m’amuse.

Et puis il y a aussi Jack Black.
Jack Black. L’acteur, le musicien, la moitié de Tenacious D, l’homme qui semble capable de transformer absolument n’importe quelle situation en concert de rock.
Alors là, forcément, on touche à quelque chose qui me parle.
Entre les films, la musique et les références geek, Lita semble avoir trouvé de quoi occuper ses loisirs.
Je ne connais pas les circonstances de toutes ces photos, alors je ne vais pas inventer une aventure extraordinaire avec des coulisses, des soirées secrètes et des anecdotes impliquant des célébrités.
Mais une chose est sûre : elle a quelques jolies photos souvenirs.
Personnellement, ma plus grande rencontre avec une célébrité ces derniers temps, c’était probablement un type qui ressemblait vaguement à Gérard Depardieu au supermarché.
Et encore, je ne suis pas certain.
Et en plus, elle fabrique des trucs avec ses mains.
Parce que Lita ne se contente pas d’aimer les créations des autres.
Elle se présente elle-même comme une « artiste multi-fonction », spécialisée dans la customisation en tout genre, avec une précision importante : « Fait entièrement à la main ».
Et ça, forcément, j’aime bien.
La pop culture ne se résume pas à regarder des films ou à collectionner des figurines qui prendront tranquillement la poussière jusqu’à la fin des temps.
C’est aussi une gigantesque réserve d’idées dans laquelle on peut piocher pour créer quelque chose de personnel.
Dessiner, fabriquer, transformer, customiser… On part de références communes, et chacun finit par en faire quelque chose qui lui ressemble.
C’est assez proche de ce qui me plaît dans le tatouage, finalement.
Et puis, entre gens qui passent beaucoup trop de temps à fabriquer des choses avec leurs mains, on peut se comprendre.
Même si les miennes servent surtout à faire des trous dans les gens.
Mais revenons à notre petit Iron Man.
Parce que c’est quand même lui qui nous intéresse.
À l’origine, c’était simplement un flash de tatouage que j’avais dessiné.
Un flash, c’est un motif déjà créé, que quelqu’un peut choisir parce qu’il lui plaît tel qu’il est.
Contrairement à une composition entièrement conçue à partir d’une demande personnelle, le dessin existe avant de rencontrer celui ou celle qui va le porter.
Mais ça ne veut pas dire qu’il n’a aucune personnalité.
Au contraire, j’aime l’idée qu’un de mes dessins puisse tomber exactement sur la bonne personne.
Je dessine un personnage qui me plaît, avec ma manière de le représenter. Quelqu’un le découvre, accroche au motif et décide qu’il a envie de le garder sur sa peau.
Dans le cas de Lita, il lui plaisait suffisamment pour faire le trajet depuis Paris.
Ce qui est quand même une jolie récompense pour un petit dessin.
Et puis on parle d’Iron Man.
Un milliardaire qui construit une armure bourrée de technologie pour aller distribuer des baffes à des extraterrestres.
Sur le papier, c’est complètement idiot.
Et pourtant, ça fonctionne merveilleusement bien.
Bienvenue dans la pop culture.
Un tatouage n’a pas besoin de raconter une tragédie grecque.
Il y a une chose que j’aimerais bien qu’on arrête de demander systématiquement aux personnes tatouées.
« Et ça représente quoi pour toi ? »
Parfois, beaucoup de choses.
Un souvenir, une personne, une étape de sa vie, un événement important.
Mais parfois, ça représente simplement un personnage qu’on adore.
Et c’est très bien aussi.
On peut avoir envie d’un tatouage Iron Man sans avoir été sauvé d’un immeuble en flammes par Robert Downey Jr.
Tout comme on peut aimer les jeux vidéo, les mangas, les films fantastiques ou les dessins animés sans devoir fournir une justification philosophique.
Je trouve même assez réjouissant de voir autant de gens assumer aujourd’hui leurs références.
Des personnages qui appartenaient autrefois à nos chambres d’ados, à nos consoles et à nos piles de bandes dessinées finissent désormais sur la peau d’adultes parfaitement fonctionnels.
Enfin, fonctionnels…
Ça dépend des adultes.
Un seul tatouage. Et un sacré trajet.
Au final, je n’ai réalisé qu’un seul tatouage sur Lita.
Un petit Iron Man, issu de mes flashs.
Mais c’est justement ce que je trouve chouette dans cette histoire.
Il n’y a pas besoin d’avoir passé trente séances ensemble ou de réaliser une pièce gigantesque pour qu’un projet laisse un bon souvenir.
Parfois, quelqu’un tombe sur un dessin, décide qu’il est fait pour lui et parcourt plusieurs centaines de kilomètres pour venir le chercher.
Et toi, tu te retrouves à tatouer un personnage Marvel sur une geek parisienne qui fabrique des trucs, se déguise en Naruto et possède des photos avec Frodon et Jack Black.
Il y a des journées plus ordinaires.
Un petit Iron Man. Une chouette rencontre. Et beaucoup de kilomètres pour quelques centimètres d’encre.